vendredi 18 juillet 2014

LA LORRAINE HISTORIQUE

QU'EST-CE QUE LA LORRAINE HISTORIQUE ?


Voici un problème bien épineux. Qu'entend-t-on par LORRAINE, la région actuelle ? 
Rien à voir.

L'ancienne Lotharingie dont la capitale était METZ?

Le Duché de Lorraine?

Le Duché de Bar avec le Barrois mouvant et le Barrois non mouvant ?

Les trois évêchés ? 

Les pays de Salm ? 

Avouez qu'il y a de quoi y perdre son latin...

Dès le départ nous trouvons ce territoire occupé par diverses tribus celtiques :

Les Leuques qui ont leur capitale à TOLLUM (TOUL) et dont la zone d'habitation représente approximativement les actuels départements des Vosges, de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle. Leurs grandes cités seront NASIUM ( NAIX-AUX-FORGES - 55) et ANDESINA (Grand - 88). Cette cité thermale avait plusieurs dizaines de milliers d'habitants si l'on en juge par la taille de son amphithéâtre qui était le huitième plus vaste monument de ce type dans le monde romain. La cité fut fréquentée au moins par deux empereurs romains : CARACALA et CONSTANTIN. L'arène connu les combats de gladiateurs et les massacres de chrétiens dont SAINTE-LIBAIRE.

Les Médiomatrices ont leur capitale à DIVIDORUM (METZ). Leur zone de résidence correspond plus ou moins à l'actuel département de la Moselle. METZ conserve encore plusieurs édifices gallo-romains et JOUY AUX ARCHES les vestiges d'un aqueduc monumental enjambant le Moselle.

Citons pour mémoire les TRIBOQUES qui occupent l'Alsace et les TREVIRES dans la région de TREVES en Allemagne.

A l'époque mérovingienne on parle d' AUSTRASIE avec METZ pour capitale. Les rois s'y succèdent : THIBERT Ier, THIBAULT Ier et enfin CLOTAIRE Ier.

Après l'an 800, la lorraine fait partie intégrale de la LOTHARINGIE qui s'étendait des PAYS-BAS à MARSEILLE. A la chute de la Lotharingie, il est question de BASSE-LORRAINE pour la BELGIQUE francophone). Son plus célèbre monarque fut GODEFROY DE BOUILLON, ses armes sont toujours celle de l'actuelle région Lorraine, et de HAUTE-LORRAINE qui englobera les quatre départements actuels avec en plus une partie de celui des Ardennes, de la Haute-Marne et du Bas-Rhin (Alsace bossue). Le duché de Lorraine aura sa langue le Lorrain ( pas le "platt" mosellan) et sa monnaie: le liard.

Les villes de METZ et VERDUN n'ont jamais intégré le duché de Lorraine, elles étaient sous la coupe de ses évêques en perpétuels conflits avec les ducs de LORRAINE.

Vers l'an 1000, Gérard d'Alsace de la maison de DABO-EGUISHEIM est nommé duc de Lorraine. Il est vassal du SAINT-EMPIRE-ROMAIN-GERMANIQUE. La première résidence des ducs est CHATENOIS (88) puis ils déménagent vers NEUFCHATEAU (88) avant de construire le château de PRENY (54). 

BRUNON de DABO-EGUISHEIM est né soit au château du DAGSBOURG à DABO (57), soit à celui de DURENSTEIN à WALCHEID (57). Il deviendra évêque de TOUL puis sera élu pape sous le nom de LEON IX. Les alsacien le considèrent comme des leurs du fait de son patronyme « EGUISHEIM » et disent qu'il est né dans cette province, mais ne leur en déplaise, il est lorrain !

NANCY, est une ville construite vers le XI° siècle au milieu de rien du tout. La cour fréquentera d'autres résidences comme LUNEVILLE (54) ou COMMERCY (55).

A la création du duché, les choses vont se compliquer. L’évêque de METZ gardera le contrôle de sa ville, mais aussi de nombreuses enclaves comme EPINAL, MIRECOURT et RAMBERVILLERS (88). D'inévitables et perpétuels conflits entre les évêques et les ducs sont à l'origine de l'actuelle rivalité NANCY-METZ.

Il faut aussi compter sur l'autonomie du comté de SALM dont la capitale était BADONVILLER (54). La famille de SALM est venue des Ardennes Belges. Plus tard ces nobles auront le titre de RHINGRAVE (Comtes sauvages de Rhin). Les comtes de SALM et les princes de SALM-SALM possédaient une armée au service du roi de France alors qu'ils étaient eux-même soumis à l'empereur germanique. C'est cette armée qui se distinguera lors de la bataille de VALMY.
 En 1751 création de l'indépendante principauté de SALM-SALM avec SENONES (88) comme capitale. La principauté ne deviendra « provisoirement » française qu'en 1793. De nos jours, les descendants des princes de SALM-SALM visitent régulièrement leur ancienne capitale. 

Il y avait aussi d'autres enclaves comme LA BRESSE (88) qui dépendait de la République de MULHOUSE ou THIONVILLE qui était terre luxembourgeoise.

Le département de la Meuse comprenait le Duché de BAR avec BAR-LE-DUC comme capitale et l' évêché de VERDUN. L'allié du duc de BAR est le comte de VAUDEMONT, rival du duc de Lorraine. Cette famille donnera une reine à la France, LOUISE DE VAUDEMONT, l'épouse d' HENRI III. La famille finira pas accéder au trône de NANCY.

Le BARROIS NON MOUVANT est un territoire placé directement sous l'administration du Duc de BAR.

Le BARROIS MOUVANT lui est sous suzeraineté du Roi de France. C'est dans cette partie de territoire communément appelée MARCHE DE LORRAINE que se trouve DOMREMY LA PUCELLE (88), patrie de JEANNE D'ARC et VAUCOULEURS (55). Ce territoire englobait aussi  l'actuel BASSIGNY en Haute-Marne.

Le territoire des trois évêchés METZ, VERDUN et TOUL seront rattachés à la France en 1648 et deviendront une province française.

Les ducs de Lorraine considéraient tous leurs territoires de langue germaniques de Moselle et d'Alsace comme des colonies. Ils étaient aussi chargés par l'empereur romain germanique du maintien de l'ordre en Alsace. Cette région sans unité réelle était sans cesse sujette à des conflits entre nobliaux. Cette situation engendra plusieurs guerres au cours desquelles la population alsacienne fut massacrée. En témoignent les chapelles ossuaires d' EPFIG (67). Il y eut aussi la bataille de SAVERNE où l'armée lorraine massacra les RUSTAUDS ( paysans révoltés) en 1525. Le non-amour souvent caustique de certains alsaciens envers les lorrains et réciproquement est à rechercher dans ces événements.

En 1477, le duc RENÉ II met fin à l’ambition bourguignonne de reconstituer la Lotharingie. CHARLES LE TÉMÉRAIRE est vaincu à LA MALGRANGE et tué lors de la bataille contre une coalition menée par le duc de Lorraine.

De 1635 à 1697, la Lorraine va subir une  occupation française motivée par la guerre de Trente-Ans. Période terrible comme en témoignent les gravures de Jacques CALLOT. Les français se livrèrent à d'innombrables massacres et destructions de villages entiers, la population en étant parfois réduite à des pratiques de cannibalisme pour survivre. Le martyre de la cité de LA MOTHE-EN-BASSIGNY (52), place forte lorraine en est l'illustration. Les ducs retrouveront pourtant leur trône jusqu'à ce qu'ils soient naturellement appelés à la succession des empereurs d'AUTRICHE. CHARLES 1er sera le dernier empereur régnant de cette dynastie. Cette famille reste très attachée à ces racines lorraines entretient avec la ville de NANCY des liens constants.

Suite à ce départ, LOUIS XV voit là l'opportunité d'annexer la Lorraine pour bénéficier d'un accès direct à l' ALSACE qui est française depuis 1648. Il propulse son beau père STANISLAS, roi déchu de POLOGNE sur le trône Lorrain et nomme un administrateur Monsieur De La GALAIZIERE pour gérer et gouverner le pays d'une main de fer. STANISLAS n'est qu'un souverain fantoche.

L’évêché de TOUL jugé trop grand fut démantelé en 1777, donnant lieu à la création de deux nouveaux postes épiscopaux à NANCY qui est une cathédrale primatiale et à SAINT-DIE-DES-VOSGES.

Et puis il y eu l'annexion de 1870 par l'Allemagne. Elle donnera naissance au terme « ALSACE-LORRAINE » pour les territoires annexés, soit les actuels départements de la MOSELLE du HAUT et du BAS-RHIN.

La réalité est bien plus complexe. Le département du HAUT-RHIN perdit l'arrondissement de BELFORT demeurant français et qui devint de fait le TERRITOIRE DE BELFORT.

Celui des VOSGES perdit les cantons de SAALES et de SCHIRMECK.

Les départements de la MOSELLE et de la MEURTHE seront amputés d'une zone correspondante à l'actuelle MOSELLE et BAS-RHIN pour la région appelée aujourd'hui « ALSACE BOSSUE » et qui après 1918 sera rattachée à l'ALSACE pour des motifs religieux. Les deux parties rescapées des ces anciens départements lorrains deviendront l'actuelle MEURTHE-ET-MOSELLE dont le tracé est si singulier. Après le premier conflit mondial les cantons annexés du département des Vosges resteront dans le Bas-Rhin, motivant un conflit qui n'est toujours pas réglé. Les communes de RAON-SUR- PLAINE (88) et RAON-LES-LEAUX (54) revendiquent le massif du DONON qui a été rattaché à la commune de GRANDFONTAINE (67), alors qu' historiquement ce massif forestier ne lui appartient pas.

Il ne faut pas confondre ALSACE-LORRAINE avec ALSACE et LORRAINE. Le premier terme s'applique exclusivement aux  territoires annexés par les prussiens. La Lorraine ducale n'a rien a voir avec l'Alsace et réciproquement. Il existe une forte barrière culturelle entre ces deux populations de mentalités et de coutumes fort différentes et leur rapprochement n'est pas du tout évident. Il n'en est pas de même entre les Mosellans de culture germanique et leurs voisins Alsaciens. Cependant cette rupture culturelle redevient patente entre ces mêmes Mosellans et les autres Lorrains.


CHRONOLOGIE DES DUCS DE LORRAINE

La lorraine n'est pas une province française. Le duché de lorraine est un état du Saint Empire Romain Germanique qui jouissait d'une quasi indépendance. Voici la liste de ses ducs qui régnèrent durant presque 700 ans avant que ne leur échoit le trône d'Autriche.

Mentionnons que le duc François III de Lorraine était le père de la reine MARIE-ANTOINETTE, ce qui explique que la ville de SAINT-DIE-DES-VOSGES conserve encore de nos jours une rue en son honneur (rue Dauphine).

Dernière particularité en Lorraine, la couronne ducale est accessible aux femmes.

MAISON DITE D'ALSACE (Famille de DABO-EGUISHEIM)


1047 – 1048 : Adalbert d'Alsace

1048 – 1070 : Gérard d'Alsace – comte de Châtenois (88)

1070 – 1115 : Thierry II le vaillant

1115 – 1139 : Simon 1er le gros

1139 – 1176 : Mathieu 1er

1176 - 1205 : Simon II

1205 –1206 : Ferry 1er de Bitche

1205 – 1213 : Ferry II

1213 – 1220 : Thiébaut Ier

1220 – 1251 : Mathieu II

1251 – 1255 : Régence de Catherine de Limbourg

1251 – 1303 : Ferry III

1303 – 1328 : Mathieu II

1312 – 1328 : Ferry IV le lutteur

1328 – 1331 : Régence d'Elisabeth d'Autriche

1328 – 1346 : Raoul le vaillant

1346 – 1360 : Régence de Marie de Châtillon

1346 – 1390 : Jean Ier

1390 – 1431 : Charles Ier ou II, connétable de France

1431 – 1431 : Isabelle Ière – son mariage avec René Ier d'Anjou dit le roi René donnera naissance à la dynastie suivante.

MAISON D'ANJOU

1431 – 1453 – René Ier ( comte de Guise, duc de Bar, duc de Lorraine, duc d'Anjou, comte de Provence et Forcalquier, roi de Naples, de Sicile, de Hongrie, de Jérusalem et d'Aragon).      

1453 – 1470 : Jean II

1466 – 1470 : Nicolas ,fils de Jean II est administrateur du duché

1470 – 1473 : Nicolas Ier ( le même que le précédent)

1473 – 1473 : Yolande

MAISON DE VAUDEMONT

1473 – 1508 : René II ( qui vainquit Charles de Téméraire à la bataille de Nancy)

1508 – 1544 : Antoine le bon (vainqueur de la bataille de SAVERNE)

1544 – 1545 : François Ier

1545 – 1552 : Régence de Christine de Danemark

1552 – 1559 : Régence de Nicolas de Lorraine

1545 – 1608 : Charles III

1608 – 1624 : Henri II le bon

1624 – 1625 : Nicole

1625 : Charles IV - Ce duc passera la plus grande partie de son règne en exil, recouvrant cependant son trône à plusieurs reprises.

1625 – 1625 : François II

1625 - 1634 : Charles IV

1634 – 1635 : Nicolas II

1635 – 1641 : La Lorraine est occupée par la France

1641 – 1641 : Charles IV

1641 – 1659 : La Lorraine est occupée par la France

1659 – 1670 : Charles IV

1670 – 1697 : La Lorraine est occupée par la France

Le traité de Ryswick rend de duché à ses ducs

1697 – 1729 : Léopold Ier

1729 – 1737 – François III qui épousera Marie-Thérèse de Habsbourg et qui deviendra empereur d'Autriche en fondant la dynastie des HABSBOURG-LORRAINE, dont la reine Marie-Antoinette est issue.

MAISON LESZCZYNSKI

1737 – 1766 : Stanislas Ier

1766 - 1768 :  Marie, épouse du roi de France Louis XV.

1768 : La lorraine devient automatiquement française...

1793 : La principauté de SALM-SALM est rattachée provisoirement à la France (un provisoire qui dure...)

Dès le rattachement du duché, la FRANCE s'est employée à briser le sentiment national lorrain abolissant la monnaie ( le liard), interdisant la langue en y imposant le patois de PARIS. Ici, la réussite fut complète puisque les langues lorraines et vosgiennes ( pas le platt mosellan) ont quasiment disparues aujourd'hui. Alors que la Lorraine est sans doute la seule région de France qui peut légitimement revendiquer son autonomie, l'on y recense aucune revendication nationaliste ; ce qui prouve que les français ont bien fait leur travail en quelque 250 ans.

Même sous la Révolution, l'on décide lors de la création des départements de rattacher l'ancienne cité martyre de LA MOTHE (voir ce nom ) au département de la HAUTE-MARNE et non aux VOSGES afin d’écraser tout sentiment national.

Le département des Vosges est le seul dont le nom à été donné à une place monumentale de Paris en récompense du civisme de sa population. Outre JEANNE D'ARC, les Vosges virent naître JULES FERRY à qui l'éducation nationale doit tant.


AU SUJET DES LANGUES LORRAINES

Pour comprendre d'où vient l'accent si particulier des habitants de la lorraine et notamment celui des gens du département des Vosges, il faut se rapprocher de leur langage historique. Je publie le texte d'une chanson folklorique en vosgien. Je précise que la consonne vélaire qui s'écrit « HH » n'existe qu'en vosgien. Sa prononciation est proche du « ch » allemand. Le vosgien se parlait dans une zone géographique s'étendant sur les départements des Vosges, du Haut-Rhin, du Bas-Rhin ( où ce langage est appelé welsche), de la Meurthe-et-Moselle et de la Moselle.

HE BE SEGAR

*
Hé Bé Sègar, évo tè sègue bianche,
qué dance è rlu pen l'aur de to molin,
qué vu tè far évo tor tot cè pianches,
de si bé bô do châne o dè sèpin,

*
Mi, j'o vù co fâr po lâs éfan in bouyèye,
In brihhedo, in ormâr, dâ soyé,
Po lé nové mériés in bè chaleye,
Dà ran, dâ conche èco dâ chapané
*
J'o vù co fâr èn' mâ po bitt lé pâte,
Eco lé pôl' po-z-éfouné lo pain,
j'ô vù co fâr in gran toné po matte,
lé biér lo vin ke je bourair demain,
*
J'o vù co fâr po ço k'aimo lé danse,
Dzo lé habbié il bon et bé violon,
I cabaré, po lé jo de bombance,
Dâ ban dâ toy, lavousk' nos ehheyon,
*
J'o vù co fâr dâ jovây, dâ chenôye,
Et po l'motéye éne chaire è prôchè,
Evo in gran confessionnal, àï k' sôye,
Lo pénitent hhové de to pêché,
*
J'o vû co fâr po lo molin clâss ôte,
In bé drasson évo dâ piè rluhan,
Et po lé mô kè viè, jone dèm'hôle,
In nar vohhé don je n'seu mi égran.



Refrain
Oh sègue sègue sègue pri bè deye,
Oh sègue sègue sègue bè ségar,
Oh sègue sègue sègue ho trédéye,
Oh sègue sègue sègue bè ségar,

(https://www.youtube.com/watch?v=G8Tp5QTGdUo)

CARTE DE LA LORRAINE HISTORIQUE





En vert, le duché de Lorraine, en violet et jaune les territoires des trois évêchés, l'ovale jaunâtre est la principauté de SALM et l'étoile la "colonie" d'Alsace Bossue.


CARTE DE LA PRINCIPAUTÉ DE SALM-SALM





Ci-dessous, la famille princière de SALM-SALM en visite à SENONES



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